Amour/Haine et Beauté/Horreur en un même lieu

Le Cambodge est à la fois pire qu’une tragédie cornélienne, grecque ou racinienne qu’émouvant et joyeux qu’une comédie enchanteresque digne d’une romance de Shakespeare… Ce pays respecte pratiquement les unités de mesure du théâtre classique.

Toute l’action se passe dans un même temps en un même lieu ; la tragédie à la période khmer rouge, la joie le reste du temps pour ce peuple au sourire toujours présent et l’émotion pour leurs réalisations antérieures.

En 24 heures, j’ai marché dans un palais royal, lieu d’intrigue et de pouvoir, mais aussi dans des prisons, des lieux de torture et dans des charniers à ciel ouvert, aux os apparents sur lesquels l’on marche et que l’on ramasse à même le sol après l’érosion naturelle du sol par la pluie, ainsi que sur des pierres millénaires d’une des plus belles constructions faites par les hommes.

Que de contrastes et d’émotions en même temps !

Qu’il est intéressant de pouvoir rencontrer ces personnes souriantes mais qui peuvent pour certains se transformer en boucher, et pour les autres à leur capacité de se relever du pire sort et destinée réservés à une population.

Parce que rien doit occulter la période de l’obéissance aveugle à l’ « Angkar » ou du communisme agraire mise en place par le régime de Pol Phot, il est nécessaire d’aller  se confronter aux lieux tragiques de l’histoire de ce pays et d’être spectateur de l’insoutenable que certains voudraient enterrer ou se faire pardonner trop facilement.

Même notre imagination n’arrive pas à suivre l’horreur des exactions commises, et aucun dramaturge n’aurait pu imaginer une histoire aussi terrible pour le pire génocide silencieux du XXème siècle. Dans un lieu, on nous annonce tout simplement que les éléments blancs dans le sol sont des os que l’on ramasse après que les pluies aient ravinées suffisamment le sol… terrifiant !

En même temps, ce pays offre la plus belle scène au monde avec les temples d’Angkor aux beautés multiples et insoupçonnées. De la scène majestueuse d’Angkor Thom aux plus petits lieux féériques, tout rappelle la grandeur du peuple khmer et de leur construction entre le 9ème siècle et le 12ème.

D’ailleurs autre point intéressant, le spectateur ici, est évidemment assailli par les demandes des ouvreuses dont le salaire dépend de nos achats en eau, souvenirs et autres mais quand cela est fait avec le sourire, sans aller jusqu’à l’harcèlement dont certains pays limitrophes ont l’habitude, cet entracte régulier devient moins pénible quitte à disparaître complètement.

Quand tous les moments du théâtre se combinent comme cela, le spectacle ne peut laisser indifférent, et ne peut que saisir notre émotion.

Témoignage de l’histoire….

Pour terminer,  il est bon de voir un pays où une certaine francophonie essaie de perdurer et où, aussi, un peuple garde un souvenir plutôt positif de la France. Ainsi ma rencontre avec un homme, certes âgé, mais qui est allé au lycée dans sa province reculée cambodgienne, avec des professeurs venus de la métropole,  montre un vrai côté positif à notre occupation de ce territoire. Cet homme a dû arrêter après le lycée voire collège ses études car sa famille était pauvre, ce qui veut dire que même dans les colonies, il y a eu un effort pour ouvrir l’éducation à tous. Cet homme se souvient des noms de tous ses professeurs et est en même temps un amoureux des fables de Lafontaine qu’il récite par cœur plus de 60 ans après. Je ne cache pas que s’il y avait concours entre nous deux sur le thème des fables, j’aurai pris une déculottée…

Belle Rencontre Khmer from charles-Henri Dupoizat on Vimeo.

Un témoignage sur la culture et la présence française d’une époque révolue, mais aussi un témoignage saisissant sur l’époque Khmer Rouge aussi.

En tout cas, voilà un souvenir impérissable  que je suis content d’avoir pu vivre avant qu’il ne devienne trop tard pour l’expérimenter de vive voix.

Merci le Cambodge pour ma dernière escale asiatique.

One Comment to “Le Cambodge : Scènes de théâtres ou de vies”

  1.  Chrissy said on

    Nice one charles..
    Easier to read you in English but I understood everything

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