Point le plus éloigné du centre du globe terrestre (2 kilomètres de plus que l’Everest par exemple grâce à la courbure terrestre), plus de 6300 mètres, un montagne ou volcan éteint ( dernière éruption il y a 10000 ans je crois) qui impose sévère. On ne voit que lui. Il impose sa masse sur le paysage de Riobamba, ville à près de 3000 mètres d’altitude. On sent tout de suite la différence.

Il n y a que des vrais montagnards ou des personnes aimant véritablement ce milieu et qui savent comment l’appréhender. Déjà, le matériel de mon agence est de bonne qualité ce qui est un bon gage sur les pentes inclinées de cette montagne. Mon envie pour ce Chimborazo vient d’une rencontre avec un groupe de tarés français qui grimpaient 5 montagnes en 15 jours de plus 5000 mètres, ceux-ci m’ont motivé pour ce Chimborazo. J’ai failli me joindre à eux pour cette montée mais finalement tout le groupe a tenté l’ascension donc impossible de m’agréger à leur groupe… Du coup, l’envie était présente, l’acclimatation à l’altitude en cours grâce au Cotopaxi et les autres montées, les conditions pour augmenter les chances de réussite étaient présentes.

Le lien vers l’album photo Flick’r

Le programme est le suivant.

Arrivée à un premier refuge à 4800 mètres, déjeuner léger puis diner à 4H pour une montée au deuxième refuge à 5000 mètres pour un somme de 5h30 à 10 heures du soir. Bon mon cœur battait un peu trop vite pour bien dormir ce qui m’a permis de voir un beau coucher de soleil. La montée s’effectue en 7-8 heures et la descente en 3-4 heures. Mon groupe était constitué d’un américain de la quarantaine habitué aux sorties de montagne et un néerlandais de 23 ans. Il s’avèrera que le néerlandais était fort comme un turc, une vraie machine. D’ailleurs, cela me rappelle que pour l’ascension du Cotopaxi, le patron de l’agence que je n’ai décidément pas aimée,   disait que le fait d’être français allait m’aider pour monter, au contraire des néerlandais, justement, car ils habitent en dessous du niveau de la mer… comme si Paris était à 3000 mètres ou que cela avait un impact en montagne.

Ciel étoilé magnifique au réveil à 22 heures pour le petit déjeuner et pour la sortie toilettes puis pour toute la montée. Plus de chances que pour la montée du Cotopaxi où le temps fut plus que médiocre mais un temps clair veut dire froid donc neige dure ce qui est plus intéressant pour la technique de cramponnage que la neige fraiche. Mais aussi moins de risque d’avalanche car temps sec depuis quelques jours…juste alors le problème de la fonte de la neige durant la journée et des chutes de pierres.

Première partie compliqué à monter dans la moraine ce qui confirmera une fin de descente longue et pénible puis on arrive sur une crête qui va monter crescendo dans le glacier jusqu’au sommet de manière incliné et pentue. Voilà le topo de la montée de la route classique. On part sur la gauche du refuge puis arrivé à cette crête on vise le sommet quelques 1000 mètres plus haut. Plus facile à dire qu’à faire.

Nous avons 2 guides pour 3. Très vite, 2 groupes se constituent, l’américain avec moins de temps d’adaptation de son côté et moi, de mon côté, avec le néerlandais qui a passé plusieurs jours à haute altitude et fait quelques marches mais pas de sommet. Nous partons juste derrière l’américain car bien sûr, je suis le dernier prêt mais nous le doublons vite et à partir de ce moment, notre guide qui avait pris un rythme lent accélère la cadence.

Sur la neige de cette montagne, nous traçons notre sillon en ligne droite et quelques zigzags et nous gardons un rythme élevé que je ne tiens que grâce à la longueur de la corde non tendue que je garde pour souffler tous les dix pas. En début d’asphyxie, je demande quand même 2 fois un pit stop. Notre montée continue, la masse sombre de la montagne commence à moins se faire sentir sur les pentes hautes et nous découvrons de plus en plus d’étoiles dans le ciel. Le sommet doit être proche, le vent rentre dans la partie et nous voilà en train d’avancer bien recouvert par nos différentes couches de protection. De même au loin, on voit des éclairs sortir d’un nuage ou 2…

A un moment donné, la montée n’est plus et nous voilà arrivé au point culminant de la montagne. Le guide se retourne et nous dit que nous y sommes arrivés. Cette semaine-ci, il est monté 3 fois, et seul notre cordée est arrivée au bout. Nous ne restons pas longtemps, le temps de quelques photos souvenirs, et jusqu’à notre limite à la sensation de froid procuré par le vent. De plus, l’ascension s’est faite plus vite que prévue et du coup, nous arrivons en pleine nuit alors que l’aurore est prévue pour dans au moins 1 heure…On ne peut pas dire que nous profitons d’une vue incroyable même si sur la descente, on pourra jouir de cette vue magnifique sur le monde équatorien.

Un autre point viendra assombrir cette montée nocturne. Notre guide a préféré arrêter la montée au premier sommet devant ces nuages noirs au loin avec quelques éclairs. Du coup, nous ne sommes pas montés complètement au véritable sommet quelques dizaines de mètres plus haut  et à une petit demi-heure de marche supplémentaire. Dans le noir de la nuit, je n’avais pas vu qu’un autre sommet nous dépassait, et je n’ai pas trop écouté mon guide sur ce point là. Finalement, un peu de frustration de ne pas avoir été au bout du bout, mais c’est mon guide qui en décida ainsi. Pour moi, le sommet fut atteint.

J’ouvre la cordée de descente, nous tirons droit à la demande du guide. A un moment plus de traces, et je demande au guide d’ouvrir car la route peut s’avérer dangereuse. Il prend le commandement, nous sort des zones glacières mais a du mal à terminer le chemin du retour dans les moraines et autres roches.

La descente prendra finalement plus de 3 heures alors que la montée en a pris 5 au lieu de 7 à 9…

J’essaie de rester le plus lucide possible sur la descente tant j’ai peur de me faire mal, la délivrance arrive bientôt après ces passages difficiles dans les cailloux. Le refuge est en vue, à portée de main. Nous arrivons, une dernière accolade, un thé, quelques biscuits, on se met un peu à l’aise et nous pouvons redescendre vers la ville et la vallée, l’esprit satisfait.  Un dernier regard sur cette montagne qui nous a laissé l’apprivoiser et qui est le point le plus éloigné du noyau terrestre dû à la forme de notre planète ou le plus proche du soleil… et il sera temps pour moi de quitter le monde andin, pour du repos et des plages de surf en Equateur.

PS andin : Cet effort montagneux reste d’un niveau exigeant. Je pense que mon ascension du Mont Blanc par la route des 3 Monts reste mon Everest montagnard pour le moment tant j’ai vraiment peiné pour arriver au sommet. Ici, l’arrivée fut tellement rapide et imprévu que l’effort ne peut pas être comparé. Néanmoins, l’ombre du Chimborazo faite par le soleil dans le ciel naissant de l’aube a été un moment d’une beauté inoubliable. Cela me rappela donc ces moments de pur émerveillement que l’on peut que ressentir dans ces paysages de montagne. Le plus beau de ces souvenirs restera encore une fois sur les pentes du Mont Blanc où au-dessus d’une mer de nuages d’un blanc cristallin, les premiers rayons de soleil dans le très lointain donnèrent des teintes de différentes couleurs à la neige de la montagne. En plus, nous devions être juste après le passage du Tacul, complètement à flanc de montagne dans un passage « reposant » ce qui m’a permis de regarder cette carte postale où les silhouettes de mes guides et compagnons de cordées aussi paraissaient irréelles.

One Comment to “Le Chimborazo…un peu plus près des étoiles”

  1.  Julie said on

    6300 mètres respect…

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