Quoi de mieux que dans la visite d’un pays que de partager un moment de vie des autochtones ?

C’est ce qui m’a été possible de faire lors de mon dernier weekend argentin dans la ville provinciale de la région de l’ « Entre 2 Rios » de Concordia pour un de leurs évènements majeurs de leur été austral, le tournoi de rugby à 7 sur sable…

La route

440 kilomètres de trajet vers le Nord du pays pour rejoindre cette ville frontalière de l’Uruguay. La route est celle du Brésil et d’Iguaçu, un axe majeur de communication entre les 2 géants sud-américains. Il est étonnant de voir à quel point cette route peut être dangereuse car après 200 kilomètres, elle passe de 2×2 voies à une voie de chaque côté. A cela il faut ajouter la conduite assez déconcertante des argentins entre les nostalgiques de Fangio et ceux conduisant leurs vieilles voitures sorties d’un film américain des années 60 ou tout droit de la saga des Gendarmes de Saint-Tropez de notre Louis de Funès national.

A notre arrivée le vendredi soir dans cette ville avec mon hôte franco-argentin, nous fûmes accueillis par le traditionnel mais néanmoins irremplaçable asado qui est à l’Argentine ce que le pub et la Guinness sont aux irlandais, une part de leur identité.

Evidemment, un bon asado a de la viande en abondance, et cette règle ne se dérobe jamais, ainsi la multiplication des morceaux de viande dans mon assiette a failli prendre une tournure quasi biblique sans oublier la fontaine d’abondance du très identitaire aussi « Fernet Branca » Coca qui rajouta à mon esprit de cette confusion religieuse.

Après ce festin de viande rouge commencé après 23h, heure habituelle de repas entre amis, la seconde partie de la nuit peut commencer, celle où l’argentin sort de sa tanière, et cet animal de nuit attend la pénombre la plus complète vers les 2 heures du matin au plus tôt pour commencer à penser à se mouvoir. Entre les musiques traditionnelles, le reggaeton, et les musiques occidentales, voilà une nuit où se mixent plein de sons très distincts. Mon corps d’européen est celui d’un couche-tôt en Argentine, et un retour au bercail avant les 6 heures du matin est considéré comme tel dans ce pays. Dont acte.

La journée du samedi avec son tournoi peut commencer. Comme on peut s’en douter dans ce pays, tout commence tard, ainsi le tournoi ne commença pas avant les 17 heures ce qui a permis aux participants de dormir, et de rôtir sous le soleil de Concordia, près de 40°, au bord du lac de retenu du barrage du rio Uruguay, qui sépare mon pays hôte de leur voisin éponyme.

Notre équipe dit des « amigos » est mix de locaux qui ne s’entraine qu’en vue de ce tournoi, mais on ne peut pas dire que les sessions d’entrainement furent légions et c’est ainsi que nous nous sommes présentés sur le pré sablé sans avoir touché un ballon, ni répétées de phases de jeu ce qui aurait plu à des nostalgiques de jeu à l’ancienne où le ballon n’était qu’un prétexte à des explications amicales.

Comme le rugby dans ce cas, n’est qu’un prétexte pour une sortie familiale ou entre amis, la journée se passa sous le signe de baignade dans le lac, de maté partagé, et des quelques sudations rugbystiques pour mériter le repas du soir, un grand banquet où se mêlent les joueurs de rugby et les joueuses du tournoi de hockey sur gazon féminin car il faut aussi que les femmes se divertissent. Evidemment, l’arrivée d’un groupe de femmes à un banquet ne passant pas inaperçue, et en ajoutant à cela, le côté macho de l’argentin, voilà chaque femme ayant droit à son « applauso » pour son entrée en seine, tout comme le cuistot de l’asado a le droit au sien à la fin du festin pantagruélique de ce barbecue.

Après, on retrouve le rythme nocturne argentin fait de désaltération à la bière et au fernet branca, cet alcool d’herbe ressemblant à la Suze qui normalement facilite le transit intestinal, enfin ce problème là est pour le lendemain car il est temps d’aller se mouvoir et de rencontrer ces belles femmes latines au chaud tempérament dont on parle si souvent dans nos pays froids. Cependant et bien malgré moi, cette partie là du voyage se fait à des horaires où mon système ne pense qu’à se reposer ou à se mettre en mode veille. On ne peut pas toujours tout découvrir dans un voyage…mais l’intrusion dans cette vie provinciale argentine fut tout de même bien complète.

Le lendemain, retour à la civilisation de Buenos Aires et nous laissons derrière nous cette ville où les ordures se ramassent encore en calèche tout en essayant de tracer notre chemin sous le déluge de pluie et de vent que reçoit la pampa et qui paralyse le conducteur argentin sur la route avec ses feux de détresse allumés pour signaler surement que de la pluie tombe, j’imagine… Un dernier goût d’argentine me sera proposé sous la forme d’une pause sandwich café lors notre arrêt sur la route. Cependant, peut on appeler cela un sandwich, leur fameux sandwich milanese où une tranche de viande de veau panée, se glisse entre 2 morceaux de pains, sauf que la tranche de viande est plus qu’une saillie dans l’animal et me voilà avec la garniture de mon sandwich dépassant de beaucoup son hôte de la miche et me voilà devant un challenge impossible de manger un sandwich. ( même problème d’ailleurs en Uruguay…à vous de découvrir!!!).

Il faut dire que la nourriture locale à défaut d’être fine est au moins en quantité que n’aurait pas renié un Rabelais des grands jours.

Un autre pays et une autre vie que Buenos Aires

On retrouve les qualités d’une ville du fin fond de la province française à savoir, l’opération ville morte le weekend et le soir. La vie s’écoule paisiblement et lentement comme dans un bouquin de Garcia Marquez. Il ne se passe rien où rien ne se voit, tout est calme dans la rue. Çà et là, un chien traverse une rue, un couple de troisième âge assis sur des sièges pliants devant leur maison scrute la rue dans l’éventualité d’un événement improbable. Cette vigie là tient son poste depuis pas loin de 50 ans, et il semblerait que leur travail de vérification porte leurs fruits car elle n’a toujours rien à signaler hormis « le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie »

2 Comments to “Un weekend à Concordia”

  1.  Ulysse said on

    Magnifique récit mon Charly !

    Ce fut un plaisir en tant qu’hote Franco-Argentin de t’emmener hors des sentiers balisés, respirer un peu de l’Argentine profonde… Effectivement, on pourra regretter que le feu de l’amour se soit éteint aux heures européennes ;-)

  2.  charles said on

    oui c sûr, je regrette aussi car cela aussi fait partie du voyage…mais il faut dire que les journées ont été suffisamment riches pour éteindre tout feu…

    merci vraiment, d’après toi, j’ai donc raté mon voyage

    merci :-)

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